Des prisons «dignes du Moyen Age» Mis en ligne le 21/10/2005
- - - - - - - - - - - Nouveau rapport accablant sur l'univers carcéral.
Pour l'OIP, la politique ultra-sécuritaire du gouvernement a pourri le climat dans les prisons, plus surpeuplées que jamais. La France fait partie des pays d'Europe où le taux de suicide en détention est le plus élevé, et nombre de mesures annoncées pour y remédier sont «demeurées lettres mortes». Les cas d'automutilations et de refus d'alimentation ont crû de 25 pc en un an, et les tentatives de suicide de près de 10 pc. Le «durcissement de la répression» envers les détenus a accru le recours au placement en quartier disciplinaire. Une commission sénatoriale d'enquête a jugé ces «mitards» «indignes» ? Un tribunal, invoquant l' «état de nécessité», a relaxé des détenus poursuivis pour y avoir mis le feu à leurs matelas? La France continue à y autoriser des placements allant jusqu'à 45 jours -contre 9 jours en Belgique. «Encore mieux au zoo» La violence a progressé dans les prisons: ainsi, les incidents collectifs (mutineries, etc.) ont augmenté de 155 pc en un an. Les conditions de vie, elles, ont régressé. L'OIP parle d' «hygiène déplorable», relève que même l'Académie de médecine s'alarme de l'explosion des maladies infectieuses, rappelle que huit détenus sur dix souffrent de troubles psychiatriques, et s'émeut d'un accès aux soins lacunaire. «Quinze mois d'attente pour soigner une rage de dents: on est moins bien traité quand on est en prison que quand on est un animal dans un zoo», s'insurgeait jeudi le Syndicat des avocats de France, qui, comme le Syndicat de la magistrature, juge la situation «détestable». L'OIP critique encore les violations régulières du secret médical, les «contraintes sécuritaires disproportionnées» -ainsi, cette détenue de Fleury-Mérogis forcée à accoucher menottée- et un octroi très rare des suspensions de peine pour raisons médicales. Il s'inquiète aussi que «l'offre de travail s'est réduite de près de 30 pc ces cinq dernières années» et que le taux de formation «n'a jamais été aussi faible depuis dix ans: en 2004, 80 pc de la population détenue n'a bénéficié d'aucune formation». Quant aux syndicats CGT-Pénitentiaire et FSU, ils regrettent que les travailleurs sociaux oeuvrant en prison, débordés, y soient réduits à «faire de la gestion de flux: de plus en plus d'administratif, de moins en moins d'accompagnement». Voilà qui risque de ne pas favoriser la réinsertion, et donc de contribuer à cette récidive tant honnie par le gouvernement. Le garde des Sceaux Pascal Clément, auteur d'un texte de loi très controversé en la matière, n'a que peu réagi jeudi à ces critiques. Il y a deux ans, pestant contre un rapport semblable, son prédécesseur Dominique Perben avait parlé d' «attaques excessives et grotesques». (*) «Les conditions de détention en France», 285 pp., éditions La Découverte, 20€ © La Libre Belgique 2005
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